Rhystel Deuillevent : l'instinct de meurtre


Ajouté par LeMD



Rhystel Deuillevent se tenait encore à bonne distance de la ferme isolée. Le lieu était désert, et quoiqu’il fût très sombre en cette heure tardive, ses sens elfiques, aiguisés par l’ivresse de la chasse et par quelques uns de ses sortilèges, pouvaient en discerner les moindres détails à la lueur de la lune : un mince cours d’eau ruisselait doucement d’une petite vallée herbeuse en amont, puis s’élargissait en rejoignant un autre ruisseau à proximité de la ferme, avant d’aller se perdre au fond d’une épaisse forêt. Bien, pensa l’elfe avec froideur, aucun secours ne saurait leur parvenir de ce côté-là ? La ferme elle-même était un grand bâtiment de pierre, haut de deux étages, solidement charpenté, plus semblable à une forteresse qu’à une simple habitation. Un mur de pierre élevé, presqu’une muraille, encerclait la ferme et ses quelques dépendances : le mage identifia une grange, un poulailler, et ce qui ressemblait à une bergerie.
Sous le ciel étoilé, environné par les odeurs des champs, la chanson du ruisseau et le silence profond de la nuit, l’endroit lui sembla prospère, paisible, presque joyeux, et Rhystel se sentit alors effleuré par l’ombre amère d’un remord : « Étrange sensation, pensa-t-il, voilà longtemps, certes, que je n’avais plus goûté les délicieux tourments du scrupule ! ». Il esquissa un sourire cynique, mais son ironie ne suffit pas à dissiper son malaise. Il allait tuer ces gens. Ces gens qui, depuis toujours, vivaient péniblement du travail de la terre, ces gens humbles et droits qui de leur vie n’avaient sans doute jamais commis de crime, il allait les tuer. Tous. Froidement. Dans le seul but de plaire à ses maîtres infernaux. Il se reprèsenta alors les souffrances à venir de ces êtres innocents, et se tint immobile quelques instants, dans l’obscurité et le silence de la nuit froide.
Mais bientôt, il sentit une secousse brutale lui parcourir làéchine et se propager dans toutes les fibres de son corps, balayant très vite ces considérations aussi altruistes qu'éphémères. Il sembla que ses nerfs à vif, momentanément engourdis, s’étaient brusquement révoltés contre cette honteuse faiblesse, et, le sang en ébullition, il se mit à marcher résolument en direction de la ferme.
Il sentait déjà l’ivresse du meurtre s’emparer sournoisement de ses sens, et à présent il riait à l’idée d’avoir pu ressentir la moindre compassion pour ces vies dérisoires, pour ces paysans sans éducation ni idéal, qui passaient leur vie à se rouler sur le sol parmi les chiens puants de leur race ! Des bêtes ! Des animaux ! Des animaux semblables aux moutons indolents qui dormaient dans leur bergerie, ne vivant que pour satisfaire les besoins de ceux qui les égorgent. Eux, des innocents ! La belle affaire ! Sœils n’avaient jamais tué, c’était bien plus par lâcheté que par honneur, par faiblesse que par bonté, et c’était leur médiocrité qui leur tenait lieu de vertu. De toute la force de son âme, il les haïssait, et sa haine assoiffée allait maintenant pouvoir s’enivrer du flot de leur sang...


Dernière modification le Samedi 29 Mai 2010


Retour aux récits

Commentaires




Site optimisé pour Google chrome : Télécharger
bandedegeeks.free.fr | Design et codage : ZombieKid | Illustrations : Gastro-entérite | Conseils techniques : LeMD - tom